Recouvrement forcé à la SNEL : payer ses factures, mais pour quel niveau de service ?
Par Héritier Kazadi
La Société nationale d’électricité (SNEL SA) durcit le ton face aux impayés. À compter de ce jeudi 1er octobre 2026, l’entreprise annonce le lancement d’une opération de recouvrement forcé et intensif auprès des abonnés n’ayant pas régularisé leurs factures d’électricité.
Dans un communiqué rendu public dont une copie est parvenue à la rédaction d’ActuCongo.com, la SNEL invite les clients concernés à s’acquitter de leurs dettes et à conserver leurs preuves de paiement. Elle prévient également que les abonnés en situation d’impayés s’exposent à une interruption de la fourniture d’électricité.
Cette campagne intervient dans un contexte où la qualité et la régularité de la desserte électrique continuent de susciter des préoccupations chez de nombreux consommateurs à travers le pays.
Le consommateur au cœur du débat
Si le principe du paiement de l’électricité consommée n’est pas remis en cause, les conditions de facturation et la qualité du service fourni alimentent régulièrement les discussions entre la SNEL et ses abonnés.
Dans plusieurs quartiers, les interruptions de la fourniture contraignent des ménages, commerces et entreprises à recourir à des solutions alternatives, notamment les groupes électrogènes, batteries, panneaux solaires ou autres équipements de secours.
Pour certains consommateurs, cette situation entraîne des dépenses supplémentaires : ils doivent à la fois régler leurs factures d’électricité et financer des sources alternatives pour assurer la continuité de leurs activités.
Dès lors, la question de la qualité du service devient indissociable de celle du recouvrement des factures.
La confiance au centre des enjeux
Au-delà de la récupération des créances, la campagne de recouvrement remet en lumière la question de la confiance entre la SNEL et ses abonnés.
Pour ces derniers, l’amélioration de la relation avec l’entreprise passe notamment par une facturation transparente, un système de comptage fiable, une meilleure prise en charge des réclamations et une amélioration de la qualité de la desserte.
La question des compteurs demeure, à ce titre, particulièrement sensible. Un système permettant aux abonnés de connaître avec précision leur consommation réelle pourrait contribuer à limiter les contestations liées à la facturation et à renforcer la transparence.
Teddy Lwamba face à un double impératif
À la tête de la SNEL, Teddy Lwamba doit ainsi composer avec deux exigences : renforcer les recettes de l’entreprise grâce au paiement des factures, tout en répondant aux attentes des consommateurs en matière de qualité du service.
Le recouvrement des créances constitue une source importante de ressources pour une entreprise appelée à financer l’entretien de ses équipements, ses investissements et l’amélioration de ses infrastructures. Mais pour les abonnés, l’adhésion à cette démarche dépend également de leur perception de la qualité du service fourni.
L’enjeu consiste donc à faire évoluer la relation entre la SNEL et ses clients au-delà du simple rapport entre créancier et débiteur. Il s’agit de consolider une véritable relation de service, dans laquelle les obligations de chaque partie sont clairement établies.
L’État face à une équation complexe
Cette situation interpelle également les pouvoirs publics. L’électricité constitue un secteur stratégique pour l’économie congolaise et pour le fonctionnement quotidien des ménages.
Une desserte irrégulière peut affecter directement les activités des commerces, ateliers, établissements scolaires, structures sanitaires et petites entreprises, dont le fonctionnement dépend largement de l’accès à l’énergie.
À l’inverse, une entreprise publique confrontée à un niveau élevé d’impayés dispose de moins de moyens pour entretenir son réseau, renouveler ses équipements et financer de nouveaux investissements.
Le défi consiste donc à trouver un équilibre entre deux impératifs : garantir le paiement régulier des factures et améliorer la qualité du service fourni aux consommateurs.
Le recouvrement ne peut constituer l’unique réponse
L’opération annoncée par la SNEL pourrait également être l’occasion de renforcer le dialogue avec les abonnés.
Si le recouvrement des factures impayées apparaît comme un levier financier pour l’entreprise, son efficacité à long terme pourrait être renforcée par des mesures portant sur la qualité de la desserte, la transparence de la facturation, l’installation des compteurs et le traitement des réclamations.
Pour les consommateurs, l’attente porte essentiellement sur un service fiable et mesurable. Payer les factures d’électricité implique également, à leurs yeux, de pouvoir constater des améliorations concrètes dans la fourniture.
Avec cette nouvelle campagne de recouvrement, la SNEL engage donc une opération à la fois financière et stratégique.
Reste à savoir si elle permettra également de renforcer la confiance entre l’entreprise publique et ses millions d’abonnés.
