Félix Tshisekedi à Joseph Kabila : « Comment peut-on devenir l’esclave de celui qui a tué son père ? »
Par Andy Mbengay
En séjour diplomatique en Russie, le Président de la République démocratique du Congo, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, a fait une révélation politique majeure concernant les circonstances de l’assassinat de l’ancien président Laurent-Désiré Kabila. Devant des étudiants congolais vivant en Russie, le Chef de l’État a affirmé que Joseph Kabila lui avait personnellement confié, à l’époque de la coalition FCC-CACH, que le régime rwandais était impliqué dans la mort de son père.
Dans son intervention, Félix Tshisekedi n’a pas mâché ses mots pour dénoncer ce qu’il considère comme une contradiction dans l’attitude politique de son prédécesseur, particulièrement au regard de la crise sécuritaire qui secoue actuellement l’est de la République démocratique du Congo.
« Quand nous étions en coalition, lui-même m’a dit que ce sont ces Rwandais qui ont tué son père, Mzee Laurent-Désiré Kabila. Qui peut m’expliquer comment il peut aujourd’hui devenir l’esclave de l’homme qui a tué son père ? », a déclaré le Président congolais.
Cette déclaration intervient dans un contexte de fortes tensions politiques et sécuritaires, marqué notamment par les accusations de Kinshasa contre Kigali concernant son soutien à la rébellion de l’AFC/M23 dans l’est du pays.
À travers cette sortie, Félix Tshisekedi met en opposition les anciennes confidences qu’il attribue à Joseph Kabila et les positions politiques actuelles de ce dernier, qu’il accuse implicitement de rapprochement avec des acteurs considérés par Kinshasa comme impliqués dans la déstabilisation de la RDC.
Le Chef de l’État semble ainsi remettre au centre du débat la question de l’héritage politique de Laurent-Désiré Kabila, assassiné le 16 janvier 2001, dont le combat était notamment associé à la défense de la souveraineté et de l’intégrité territoriale du Congo.
Cette sortie présidentielle relance également le débat sur les responsabilités politiques dans la crise actuelle, les alliances de circonstance et les limites à ne pas franchir lorsqu’il s’agit de défendre les intérêts nationaux.
En s’interrogeant publiquement sur les rapports entre Joseph Kabila et ceux qu’il présente comme responsables de la mort de son père, Félix Tshisekedi entend souligner ce qu’il considère comme une contradiction majeure entre le discours patriotique d’hier et les choix politiques d’aujourd’hui.
Reste que ces accusations, fondées sur des confidences que le Président affirme avoir reçues de Joseph Kabila, relèvent de déclarations politiques qui mériteraient également une réaction de l’intéressé.
